Fonds de dotation
Jean-Pierre Bertrand

Les années 1980 vues par…
Élisabeth Couturier et Philippe Cazal

Rencontre de l’atelier #1
Compte-rendu à lire ou à écouter

Cette première Rencontre de l’Atelier réactive l’exposition emblématique A PIERRE ET MARIE, UNE EXPOSITION EN TRAVAUX, la revue PUBLIC, et le groupe UNTEL. Ces propositions artistiques des années 1980, qui s’inscrivaient dans une ambiance expérimentale propre à la scène française, résonnent avec l’art d’aujourd’hui.

Jean-Pierre bertrand © DR
Calatogue de ’’A Pierre et Marie, une exposition en travaux’’, juin 1982 - octobre 1984, conception Michel Claura
© D.R.

Introduction par Élisabeth couturier

Élisabeth Couturier souligne l’esprit de liberté dans le travail de Jean-Pierre Bertrand et de Philippe Cazal invité en tant qu’acteur et fin observateur de cette période. Elle décrit la spécificité inédite de l’exposition diligentée par Michel Claura A Pierre et Marie, une exposition en Chantier.

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Une liberté totale

« Pour parler de notre vision des années 1980 en tant qu’acteurs et observateurs de cette décennie, nous allons nous appuyer sur l’œuvre de Philippe Cazal parce qu’elle est symptomatique de ce que se passe à ce moment-là, au même titre que l’était l’œuvre de Jean-Pierre Bertrand.
Ces deux artistes étaient amis. Chacun menait une œuvre extrêmement différente mais ces deux œuvres étaient marquées par une liberté totale de production ; ils usaient de divers médiums, souvent inédits dans le champ de l’art.

C’est en me penchant sur le travail de Philippe Cazal à la fin des années 1980 que j’ai compris les ressorts de ce qu’on appelle désormais l’art contemporain. Une notion qui englobe un héritage et des techniques, détourne et recycle des images, crée des protocoles de production inédits, emprunte à d’autres disciplines - théâtre, danse, publicité, mode- et met souvent en scène l’artiste lui-même.
Philippe Cazal et Jean-Pierre Bertrand sont vraiment deux prototypes de l’artiste contemporain. »

Deux expositions marquantes

« Au début des années 1980 en France, à Paris, deux expositions sont marquantes : Finir en beauté, une exposition de peinture proposée dans son propre loft par le critique d’art Bernard Lamarche-Vadel qui regroupe Herve di Rosa, Robert Combas, Remi Blanchard, Jean-Michel Alberola, Jean-Charles Blais, Catherine Viollet. Elle marque le départ de la Figuration libre qui, en réaction à la suprématie de l’art conceptuel et minimaliste américain, s’appuyait sur l’art populaire, la BD, le cinéma, les comics, etc.
Et puis… d’un autre côté, À Pierre et Marie, une exposition en travaux. Cette partie du titre «  une exposition en travaux  » fait comprendre que cette exposition peut être pensée comme un work in progress, une exposition in progress. Et cette idée-là est vraiment très nouvelle à l’époque. »

Une exposition sans gourou, sans manifeste et sans programme préétabli

« Cette proposition s’inscrit dans une filiation très différente de celle de Finir en Beauté; une filiation post-duchampienne, post-dada, dans l’esprit Fluxus qui propose des formes inédites portées par des artistes francs-tireurs.
Une exposition sans gourou, sans manifeste et sans programme préétabli. À cette époque, il y encore des critiques qui comptent beaucoup comme Pierre Restany, Gérald Gassiot-Talabot, Bernard Lamarche-Vadel. À Pierre et Marie tourne la page de ces expositions réalisées par un grand critique, avec une note d’intention et un groupe d’artistes. Elle incarne une nouvelle idée de l’art. »

À Pierre et Marie, une exposition en travaux

Philippe Cazal explique le caractère inédit de cette exposition qui se déroule sur près de deux ans, en raconte les temps forts et réanime par des anecdotes l’atmosphère artistique française des années 1980.

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Michel Claura, A Pierre et Marie, une exposition en travaux, Revue Public n°1
© DR

« La règle était que tous les quelques mois, il devait y avoir un renouvellement ; soit les artistes qui avaient déjà des pièces en présentaient une nouvelle, ou la transformaient, ou bien faisaient appel à un autre artiste, et passaient le flambeau. »

Jean-Hubert Martin, dans le public

Carton d’invitation, A Pierre et Marie, Fermeture définitive (Verso)
© DR

« Près de quatre-vingts artistes ont exposés jusqu’à la démolition. (…) C’était comme un grand atelier commun »

Philippe Cazal

Image G.M.1983
© DR

« Les ouvertures de l’église rue d’Ulm avaient toujours lieu un dimanche à 11h, comme une messe. C’était un rendez-vous (…) qui drainait un public international de commissaires et de collectionneurs étrangers. C’était pour nous des moments incroyables. On pouvait les aborder, parler avec eux. La situation était inédite. »

Philippe Cazal

Extrait du catalogue de l’exposition A Pierre et Marie, avec l’oeuvre de Jean-Pierre Bertrand
© DR

« Au bout d’un an et demi d’activité, le premier comité a passé la main. Il y a eu ensuite Jacqueline Dauriac, Gilles Mahé, Nadine Moëc, Felice Varini, Bertrand Vicart et moi. Dans ce deuxième commissariat, nous avons invité Jean-Pierre Bertrand. » »

Philippe Cazal

Le groupe UNTEL

Élisabeth Couturier interroge Philippe Cazal sur sa participation au groupe UNTEL : des premières performances sauvages au Supermarché de la Biennale de Paris, jusqu’à la redécouverte du groupe ces dernières années.

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FIN, Performance Registre des Utopies
© Philippe Cazal

« Le groupe UNTEL était la suite logique des années 1968, 1970 : la performance est comme une forme de manifestation. »

Élisabeth Couturier

« Nous avons toujours dit que nous avions besoin de la rue pour faire une photo, pour créer un environnement, comme un spectacle. Nous ne cherchions pas à savoir ce que les gens pensaient. (…) Nous n’avions pas de cimaises, la cimaise c’était la rue. »

Philippe Cazal

« Nous avons arrêté le groupe en 1980 et pendant vingt ans personne n’en a parlé. Au bout d’un certain temps Paul Ardenne s’y est intéressé. Trente-deux ans après la fin d’UNTEL, nous avons vendu notre première œuvre, puis 1.600 œuvres d’un coup, avec la réactivation de la pièce du Supermarché au musée de Strasbourg. Cet évènement a remis un focus sur ce groupe qui avait totalement disparu. »

Philippe Cazal

Salle UNTEL, 10e Biennale de Paris
© UNTEL


Salle UNTEL, exposition Vie quotidienne
© UNTEL

La revue Public, Il n’y a pas d’art français et la question de la scène française

La revue Public éditée par Philippe Cazal pose dès les années 80 la question de la scène française. C’est sur cette même question que l’artiste revient avec Élisabeth Couturier.

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© DR

Public n°4
© DR

« Avec Public, je décide de créer une revue pour parler des artistes qui m’intéressent, parce que les revues que je regarde à l’époque ne parlent pas des artistes qui m’intéressent, et je décide de la faire professionnellement. (…) Le quatrième et dernier numéro de Public est publié en 1989, bien après le numéro 3 qui date de 1985. Nous avons fait ce numéro avec Nadine Descendre, et nous l’avons conçu comme une exposition qui, en elle-même, n’a jamais eu lieu. (…) Ce que nous avons voulu montrer c’est qu’il n’y a que des individualités. C’est ça l’art français. »

Philippe Cazal

« En tant que critique, avant la fin des années 1980 et 1990, nous étions très habitués à voir dans les expositions internationales (Biennale de Venise, Bâle, etc.) des artistes français. Et nous avons constaté à partir des années 1990 que la scène française était de moins en moins présente dans ce type d’évènement. La tendance s’inverse aujourd’hui, mais il y a eu une période où l’hégémonie anglo-saxonne a été très marquée. Un des événements qui a marqué cette hégémonie c’est ce qu’a fait Saatchi, il a lancé les Young British Artists comme une marque. Il a lancé des artistes comme une marque, il a joué avec le marché et l’art contemporain est devenu un lieu de spéculation pour aboutir à ce qu’il est aujourd’hui. Je crois que vous aviez bien senti ce qui se passait là avec Public et ‘’Il n’y a pas d’art français. »

Élisabeth Couturier



Yellow green aplat

© DR

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